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Bloqueados et totalement congelados à Potosi

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Dans les Andes, en Bolivie, à plus de 4000 mètres d'altitude, il fait froid la nuit et chaud la journée… Malgré l'achat de 3 couvertures, de pulls, de pantalons et de gants, nous avons déclaré forfait.
La goutte d'eau, cela a été le matin où nous nous sommes réveillés en faisant des petits nuages avec notre souffle et que nous avons dû dégivrer le pare-brise à l'INTERIEUR du Combi.

Après 2 nuits littéralement "congelados" dans le Combi, nous avons décidé de rallier au plus vite Potosi pour:
– Dormir au chaud
– Prendre une douche chaude
– Organiser notre excursion vers le Salar d'Uyuni

De bonne heure, de bonne humeur, la bouche en coeur, nous arrivons au poste d'entrée de la ville aux alentours de 12h. 
Potosi, sur le papier, cela semblait intéressant, une industrie forte du fait des mines (de plomb, d'argent, d'étain) et un patrimoine colonial important, classé par l'UNESCO.

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Sauf que là… le policier installé dans sa cahutte à 3 kilomètres de la ville nous explique qu'il n'est pas possible de rentrer dans la ville, car il y a une grève générale des mineurs et que tout est bloqué par les manifestants.
Il nous conseille vivement de faire demi-tour… Oui, oui, très bien, mais cela n'est malheureusement pas possible… car avec ce qu'il nous reste d'essence, faire demi-tour, signifie tomber en panne sèche dans la pampa bolivienne
Nous décidons donc d'attendre patiemment en compagnie de routiers, de bus de touristes, des micro-bus et de taxis locaux, et… de lamas.

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Comme d'habitude, notre Combi attire l'attention et nous passons le temps en racontant nos aventures.

Vers 17h, tout d'un coup, tout le monde s'agite, il serait enfin possible de rentrer dans la ville.

Nous voilà engagés dans un embouteillage apocalyptique, en descente, dans les lacets de montagnes, pour faire 1 kilomètre en 4 heures… et tomber sur des manifestants pas très sympas et plutôt revanchards.
Nous arrivons cependant à passer ce premier barrage ! 
Ouf!! Il nous en reste deux? Pas de problèmes, même pas peur, nous avons trop froid !

Oui, mais voilà, si les manifestants du premier barrage nous les avons trouvés pas sympas, ceux du deuxième étaient carrément hargneux, et il faut le dire, complètement saouls, donc pas très futés.
Comme ce sont des mineurs, ils jouent avec le feu et des explosifs – pétards ou dynamite, au choix – et sont fermement décidés à ne pas nous laisser passer.
Difficile de vous expliquer nos ressentis, car nous avons nous-mêmes eu du mal à nous dire que tout cela éait bien réel et que nous n'étions pas en plein tournage de film d'action avec Bruce Willis.
Sur ce coup-là nous nous sommes abstenus de prendre des photos… Vous nous excuserez!

Vers 5 heures du matin, après une troisième et courte nuit dans le Combi, toujours par -10°C, Mikaël en valeureux chevalier, entreprend de passer le 3ème barrage, espérant profiter de la fatigue dûe à l'ébriété de nos amis mineurs. 
Stratégie payante, nous sommes finalement entrés dans la ville. Hihaaaaaaa ! 

La première porte que nous poussons est la bonne, l'hôtel s'appelle "Sous le ciel de l'Eucalyptus", le gérant Wilbert parle français, les employés Edwin, sa femme Sirly et leur fils Santiago sont tout simplement adorables et compréhensifs.

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Il y a de l'eau chaude, du chauffage, et internet ! La vie est belle.
Malheureusement, très vite, nous comprenons que nous sommes pris au piège, car pour accéder ou sortir Potosi, il y a quatre routes et toutes sont barricadées par des manifestants toujours plus énervés.

Temps de la grève : illimité. Possibilités de sortir : proches de zéro.

 

Pendant quelques jours nous entrevoyons ce que peut donner une ville est en état de siège.
Potosi est à la merci des manifestants qui jouent sur la peur. 
C'est une ville morte que nous découvrons. Les institutions, les banques, les écoles, les commerces, les restaurants, tout est est barricadé, fermé à coup de cadenas. 
Aucune voiture dans les rues. Les passants se font rares.

Seules les motos des grévistes circulent pour surveiller et empêcher la ville et la vie de reprendre leur cours.
Pour faire des courses, il a fallu marcher près de 4 kilomètres pour trouver du pain, des carottes et des bananes à moitié pourries.
En ce qui concerne l'essence, tout est rationné, elle est distribuée au compte goutte et il faudra plusieurs tentatives pour en avoir et pour très cher: 10 bolivianos le litre au lieu de 8,68, le vigile ayant pris sa commission au passage!
Il n'y a pas de violences physiques à Potosi, contrairement à La Paz où tout a dégénèré… 

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D'après ce que nous avons réussi à comprendre, Potosi se révolte contre les promesses non tenues du président Evo Morales, réélu pour la 3ème fois l'an dernier, qui s'était engagé lors de son précédent mandat à fournir à Potosi et à ses 250 000 habitants une centrale béton, un aéroport et un hôpital entres autres choses… 
Cela nous laisse songeur… si les français montaient aux créneau de la sorte à chaque promesse non tenue, dans quel état serait la France…

 

Les premiers jours, nous profitons avec calme et philospohie de ce moment de pause forcée.

De toutes façons, Alline a attrapé une belle bronchite, Mikael a mal au dos et un gros rhume. 
De plus, il faut le dire, nous souffrons du mal de l'air… Le simple fait de monter dans notre chambre au 2ème étage revient au même effort que de courir un 50 mètres.
Cette situation extraordinaire a fait que nous avons sympathisé avec le personnel de l'hôtel et les 2 autres seuls clients, des brésiliens, que nous fini par "faire passer" en douce au milieu d'une nuit… 
Nous vivons en bonne intelligence dans cette communauté, en partageant nourriture, expériences, inquiétudes, questionnements et ressentis.

 

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La situation a commencé à devenir vraiment pesante et agaçante lorsqu'un imbécile totalement saoul (il y en a partout dans le monde) a explosé la vitre conducteur du Combi.
Nous vous passerons le débarquement des 15 motos de police – ils pensaient que c'étaient les manifestants qui se révoltaient – la traversée de la ville, chacun derrière son cow-boy motard, la déposition en portugnol face au comissaire qui aurait pu jouer dans un film d'Audiard…
Tout cela mériterait un article à part entière… cela fera partie des anecdotes que nous vous gardons pour le retour avec une bonne bouteille de vin!

 

Le samedi 18 juillet, tout s'accélère en quelques heures..

Nos mails à l'ambassade de France étant restés sans réponse, nous décidons de nous prendre en main.
A 12h après une entrevue avec le COMCIPO (COMité CIvique de POtosi) qui "coordonne" les manifestants, nous apprenons qu'une sortie serait possible, vers 13h30.
Petit problème, nous ne sommes pas intégrés dans le convoi.
Deux mamitas du COMCIPO, face à notre désarroi – Alline pleure de rage, Mika jure les bons dieux et les vafanculo – décident de nous prendre en charge. 

 

En effet, des touristes argentins, venus en masse pour acclamer le Pape en visite en Bolivie se sont retrouvés comme nous coincés avec leur véhicule dans la ville.
Ceux-là ont fait le forcing auprès de l'église Catholique de Potosi pour obtenir un droit de sortie exceptionnel auprès des manifestants.
Seul moyen pour nous d'intégrer le convoi, parler avec le prêtre qui organise ce convoi.
Le temps est serré, le prêtre n'est pas chez lui. Il faut faire vite pour le contacter. 
Direction la radio locale pour obtenir son numéro de téléphone.
Par un tour de passe-passe que seuls les journalistes maîtrisent, nous voila en train de donner une interview en direct pour expliquer nos malheurs et attirer l'attention du prêtre.

Mission accomplie, il rappelle et nous serons intégrés dans le convoi.

 

L'heure tourne, nous entassons en vrac nos affaires dans le combi, plaçons un carton à la hâte à l'emplacement de la fenêtre cassée la veille, histoire de ne pas arriver congelés à Uyuni et nous filons au point de rendez-vous.
Il nous faudra 3 heures pour passer les 4 barrages, avec à chaque fois une petite appréhension.
Dernière montée d'adrénaline, lors du dernier barrage, lorsque soudainement le P'tit Combi décide de caler et que tous ceux derrière nous klaxonnent et nous doublent.
Nous nous retrouvons là, seuls et encore coincés à Potosi, ce sera une petite frayeur d'une minute, des impuretés dans le filtre à essence… Mais c'est à ce moment-là que nos nerfs ont lâchés pour de bon.

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C'est donc sous l'escorte de deux prêtres que nous avons été littéralement exfiltrés de Potosi.
Nous y serons restés bloqués 7 jours et 8 nuits.

A l'heure où nous vous racontons cette histoire, le conflit dure toujours…